Anna ou la première révélation

0
62

En lisant le premier chapitre de « La prophétie des Andes », Anna s’étonna de n’avoir accordé aucune importance à ce livre il y a 20 ans.

Elle en éprouva un vif regret.

Si elle l’avait lu lorsqu’il avait atterri dans sa bibliothèque à l’époque, cela lui aurait permis de gagner du temps. Enfin c’est ce qu’elle pensa quand elle reposa le livre sur le chevet de son lit.

Elle était contente d’être retombée sur le même livre un an après l’avoir donné. C’était une sacrée coïncidence.

Elle aurait probablement eu besoin de ce temps de recherche personnelle pour arriver à ces mêmes conclusions.

Elle n’aurait rien compris à l’époque. Elle allait tellement mal. Son âme était fatiguée. Elle appelait à l’aide mais elle ne l’entendait pas.

Anna culpabilisait beaucoup de n’avoir pas pu franchir le cap de ses 18 ans avec sérénité. Bien au contraire. Elle était plutôt entrée dans une période de trouble total. Un mélange d’inquiétude et d’angoisse existentielle. Qu’allait-elle devenir, elle qui avait conscience d’un destin exceptionnel ? Était-ce son ego qui avait parlé depuis l’enfance ou une intime conviction d’un don reçu ? Non qu’elle pensa être la seule à avoir une destinée. Elle pensait que chacun avait la sienne. Comment avait-elle pu déraper ainsi à l’aube de sa vie d’adulte ? Le doute s’était emparé d’elle. Totalement. Jusqu’au tréfonds de son âme. Elle savait qu’elle n’avait pas choisi son chemin en s’inscrivant à l’Université. C’était son frère qui l’avait guidée. Elle voulait tant faire plaisir à ce héros de son enfance. Son grand frère était précieux à ses yeux, et elle croyait en ses conseils. Elle n’entendit pas la petite voix en elle qui lui disait qu’elle n’avait rien à faire dans des études de droit. Qu’elle devait suivre son cœur et faire de l’art. De la peinture. Elle aspirait à être une peintre.

Finalement elle était devenue photographe. Ce qui la réconciliait un peu avec ses rêves d’enfant. Mais quels détours et quels errements pour arriver jusque-là.

Son fils entra dans sa chambre avec un livre à lire.

« Ah! La lecture du soir », dit-elle à Charly, son petit garçon de 9 ans. « Qu’as-tu choisi cette fois-ci ? »

Elle lança un œil sur le livre.

« Tu vas lire un Loup ? »

« Oui, Loup au musée », répondit-il. À la lecture de son fils, elle commença à somnoler.

« Maman, tu t’endors, tu ne m’écoutes même pas. »

Elle ouvrit les yeux et réalisa qu’elle n’accordait pas beaucoup d’attention à son enfant.

« C’est comique tous ces tableaux, ils ont changé les noms et ont mis des têtes de Loup partout. »

« Pabloup Picassou, Louonard de Vinci, Salvador Daloup,… »

« Tu connais toutes ces peintures, maman ? »

« Mais bien sûr Charly. Je les connais, ce sont des classiques. »

Elle prit son téléphone et chercha chaque peinture sur le net.

« Voici le vrai nom de l’artiste et le tableau original. »

« Ah! La Joconde n’est pas chère à 20 euros », fit l’enfant surpris.

« C’est une reproduction, mon chéri. La vraie est inestimable. »

« Mais, regarde maman, comme elle te ressemble là, quand tu étais jeune. »

« Merci mon cœur. C’est vrai que je lui ressemblais beaucoup.»

« Tu sais un jour, lorsque j’avais 25 ans, un peintre anglais m’a arrêtée en pleine rue à Londres. J’étais partie avec une amie pour les vacances de Pâques. Le peintre sortit une petite image de la Mona Lisa qu’il avait dans sa poche en disant à mon amie : She looks like Mona Lisa. J’avais ri à l’époque. »

« Mais il avait raison maman ! »

« Oui, peut-être bien … »

Ils se firent le gros bisou du soir et Charly partit se coucher.

Anna rêvassa un moment. Elle se voyait plus comme Léonard de Vinci que la Joconde.

Enfin là, elle savait que, même à destinée exceptionnelle, elle n’aurait pas été une Leonardo da Vinci.

Mais une Anna Moka lui aurait suffi.